C'est facile de créer (quand tu comprends ça)
Est-ce qu'on ne se met pas un peu des bâtons dans les roues à force de rendre notre pratique créative difficile ?
Je veux partager quelque chose dont j’ai personnellement besoin de me rappeler, parce que ma production a drastiquement chuté ces dernières semaines. Je n’ai publié que deux Papiers ce mois-ci et je suis en retard sur les vidéos que je veux faire.
En partie à cause de mon livre Organons - j’attends la distribution et c’est.... LONG. J’ai hâte de le partager avec toi, j’ai hâte d’en parler, mais je dois attendre de pouvoir te dire ‘tu peux aller l’acheter ici’, et je ne suis pas très douée pour attendre.
Mais aussi parce que j’ai pris une longue pause pendant les fêtes, la première longue pause depuis un moment, et que j’ai perdu ce qui me faisait avancer facilement avant : l’élan. C’est difficile de reprendre et de simplement faire les choses comme avant, parce que j’ai oublié ce que c’est que de travailler simplement.
Je juge mes intros avant même de finir le premier jet. Je reviens sur la structure parce que je ne suis pas satisfaite. Et le résultat, c’est que je ne publie pas autant que je pourrais.
J’ai oublié ce que c’est de créer simplement.
Heureusement, j’ai encore mes habitudes d’hygiène créatives, notamment je continue à collectionner (vidéo de la semaine dernière). Et alors que je collectionnais sur Pinterest, je suis tombée sur un texte et un visuel de Yumi Sakugawa qui dit (traduit depuis l’anglais) :
“Et si finir le projet créatif de vos rêves était aussi simple que de cuisiner un dîner ? Et si vous pouviez le faire tous les jours sans avoir à jouer le drame de vous demander : est-ce que ça va marcher, ou est-ce que je suis assez bonne, ou est-ce que j’en suis capable ? Peut-être que vous pourriez simplement vous laisser le faire.”
Et ça m’a rappelé une autre citation que j’aime, d’Anthony Bourdain, qui dit :
“Travailler en cuisine, c’est dur. Écrire, c’est un privilège et un luxe. Tous ceux qui se plaignent du syndrome de la page blanche devraient être forcés de nettoyer des calamars toute la journée.”
Je suis vraiment, vraiment d’accord avec ça. On a tendance à oublier qu’on peut juste... faire les choses. Et qu’on n’est pas obligé de compliquer le truc.
Ça m’a fait réaliser que je complique tout uniquement par ma façon d’aborder la création. Ça n’a pas BESOIN d’être difficile, et j’ai besoin qu’on me le rappelle. Et il y a de grandes chances que toi aussi tu as besoin d’entendre ça, si tu as du mal à créer en ce moment.
Ce que ces deux citations disent, c’est qu’on peut décider que créer peut être aussi simple que de s’asseoir et d’écrire, ou d’allumer la caméra et d’enregistrer, ou de sortir et de prendre des photos, ou de sortir les pinceaux et de mettre de la couleur sur la toile... C’est pas cette partie là qui est difficile. Ce qui rend ça difficile, ce n’est pas l’acte de créer lui-même.
D’ailleurs, créer n’est pas douloureux. Tu sors juste tes outils et tu fais ton truc.
Ce qui rend ça difficile, ce sont toutes les attentes qu’on met sur notre création. Tous les jugements qu’on porte dessus. On s’attend, avant même de commencer à créer, à ce que ce soit bon. On s’attend à ce que ça mérite d’être partagé. On s’attend à ce que ce soit poli, même avant d’avoir commencé à poser les premiers mots sur le papier.
En fait, on projette.
On projette des trucs sur notre création. On vit déjà dans le futur de quand ce sera publié, alors qu’on est encore en train de le créer.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir d’objectifs, qu’il ne faut pas penser à comment notre création - que ce soit une peinture, une vidéo, une app, un projet quelconque - va s’insérer dans le monde. Je pense qu’il y a un moment pour ça.
Mais une fois que tu as la vision, la seule chose à faire, c’est exécuter cette vision. Il faut d’abord la faire exister dans une première version.
Il y a une phrase que je vois partout sur l’internet anglophone et que je trouve vraiment importante : make it exist first. Fais-le exister d’abord. Tu pourras le raffiner après. Tu pourras penser à comment il sera reçu après. D’abord, il faut le faire exister.
Et ça a pas besoin d’être la version finale, la version parfaite. Tu peux commencer avec un prototype.
Et, je tiens à préciser, parce que c’est le genre de réflexion que je pourrai me faire : ce n’est pas une perte de temps de faire une première version, parce que pendant que tu fais ça, non seulement tu donnes vie à ton projet, mais en plus, tu affines tes compétences. Tu te mets aussi dans une situation où tu vas avoir plus d’idées. Tu crées quelque chose, et ce n’est jamais négatif de créer quelque chose, d’avoir quelque chose à montrer pour le temps que tu y as passé.
Deuxième chose, étroitement liée : le perfectionnisme.
On parle du perfectionnisme comme si c’était une bonne chose. Tu sais, en entretien d’embauche : “Quel est ton plus grand défaut ?” - “Oh, je suis perfectionniste.”
On sait tous que c’est une façon de transformer un défaut en qualité. Mais il faut qu’on soit honnêtes avec nous-mêmes : le perfectionnisme, c’est de la merde. Ce n’est pas une bonne chose. Il faut arrêter de croire secrètement que c’est noble.
Mais c’est quoi le perfectionnisme ? C’est quand tes standards sont si hauts que rien ne peut les atteindre, ou que tu te permets seulement de faire des choses qui sont déjà à ce niveau-là.
Avec le perfectionnisme, tu es coincé dans une boucle. Tu essaies d’avoir la meilleure idée, la meilleure exécution, le bon moment. Et rien ne sort jamais.
Il y a plein de façons d’être perfectionniste. Moi, je suis sujette à ce que j’appelle le perfectionnisme d’intention : j’attends d’être dans l’alignement parfait avant même de commencer. Donc je ne commence jamais, parce que je ne suis jamais dans l’alignement parfait.
Et j’ai été coupable de ça en ce début d’année. J’attendais de retrouver cet état d’inspiration, d’humeur, de vision que j’avais en fin d’année dernière, que j’ai un peu idéalisé dans ma tête.
Donc aujourd’hui, pour combattre ça, c’est assez simple, je dois juste... baisser mes standards.
Et baisser mes standards, ça veut dire : écrire même quand je ne suis pas particulièrement fière du résultat. Publier des choses qui ne sont pas au niveau de décembre. Parler de trucs sur lesquels je ne suis pas encore en confiance, de trucs nouveaux - parce que c’est en en parlant que je vais trouver des angles intéressants.
Il faut que je publie. Il faut que je mette des trucs dehors.
→ Pour aller plus loin : Comment bien vivre son ambition créative
Et ça, c’est m’amène à mon troisième point : le volume.
Je parle du volume tout le temps dans ma newsletter, Les Papiers. Et je vais en parler tout le temps sur cette chaîne YouTube aussi, parce que je pense que c’est essentiel : si tu es sérieux avec ton travail, si tu as une quelconque ambition - même si ce n’est pas de devenir riche ou célèbre, juste l’ambition de créer quelque chose de bien - alors tu dois produire du volume.
Partout où je regarde, les gens que je suis et que j’aime en ligne ont tous, à un moment donné, créé un corpus de travail qui nécessite du volume. C’est de ce volume que ressortent les principes pour lesquels ils sont reconnus aujourd’hui.
Et tu ne peux produire du volume que si tu ne fais pas les deux premières choses : si tu ne projettes pas, et si tu n’es pas perfectionniste.
→ Voir aussi : À propos de qualité vs quantité
La seule chose que j’ai besoin de faire, et c’est là qu’on revient à mon argument de départ : ce n’est pas difficile. Il faut juste continuer à écrire, continuer à faire des vidéos, continuer à penser aux idées. Le faire comme je fais la cuisine pour manger, ou le ménage pour garder mon appartement propre. Sans en faire tout un plat. Et quelque chose en sortira.



J'ai regardé votre vidéo Youtube, qui est intéressante et apaisante.
Sur la créativité, je suis d'accord c'est facile de créer mais plus difficile de le montrer au monde. D'une part à cause du perfectionnisme comme vous le dites et d'autres par de la comparaison.