Comment bien vivre son ambition créative
Bah, cocotte, j’avais des trucs à te dire.
La première histoire que je me souvienne écrire, était une pièce de théâtre. J’avais une dizaine d’années.
Les Aventures des Légumes dans l’Espace.
Je ne me souviens pas du scénario exact, mais je revois très bien les dessins sur les disquettes. Parce que oui, à l’époque, j’avais déjà écrit ça sur ordi, mais il fallait plusieurs disquettes pour enregistrer une pièce de théâtre complète.
Bref, je ne te dis pas ça pour que tu écrives ta propre version des légumes dans l’espace (quoique). Je te dis ça, parce que je ne suis pas la seule à toujours avoir eu ce BESOIN débordant de créer quelque chose.

Je l’appelle l’ambition créative. Et bien qu’apparemment ce soit plutôt quelque chose de positif, elle n’a pas toujours été facile à vivre.
Parce qu’elle murmure des choses qui paraissent folles aux yeux de ceux qui ne la connaissent pas, des choses pas concrètes, pas ancrées :
Et si tu passais les trois prochains mois à écrire un livre ?
Et si tu faisais de ton blog ton métier ?
et si tu devenais comédienne ?
Et je te jure que j’ai essayé très fort de devenir quelqu’un de raisonnable, de ‘normal’, d’oublier mon ambition, de la laisser tisser des rêves toute seule dans son coin. Et, d’à la place, prendre un job, chercher un patron ou un contrat moelleux, qui demande un peu de réflexion, et un minimum de politique intra-bureau.
Mais, impossible. J’étais misérable. Je passais tout le temps que je pouvais à griffonner des idées d’articles à la place. Je n’avais aucune énergie pour ‘le job’, peu importe le nombre de pep-talks.
Ma vie n’est devenue viable que quand j’ai appris à bien vivre mon ambition créative.
Alors si toi aussi ton ambition créative te nargue, ceci est pour toi.
Partie 1 : ton ambition est là

On va commencer par un fait un peu évident, mais important : ton ambition est là.
C’est un fait avec lequel je me suis sauvagement battue. Par éducation principalement, parce que le créatif, ça ne met pas de blé dans la moissonneuse, c’est pas pratiquo-pratique, c’est même un peu bizarre de vouloir en faire son métier, non ? Ça sert pas à grand-chose en fait….
À chaque offensive, la même conclusion : ‘ceci est une bataille futile’. Parce que le besoin est là, et si je sais une chose c’est que se battre contre ses besoins, c’est la meilleure recette pour une CATA EXISTENTIELLE ATOMIQUE.
Voir ce qui arrive quand on ignore ses besoins, dans un tout autre registre → lire ‘Une histoire de contrôle’ sur Les Petits Papiers
Donc : ton ambition est là, il va falloir l’assumer, pour de vrai. Et ça veut dire : deux choses.
Arrêter de te taper dessus par derrière
Qu’est-ce qui se passe si tu y vas à moitié ? Si tu essayes de créer quelque chose tout en n’y croyant pas trop fort ? Si pendant que tu travailles sur ce truc que tu sens important, tu offres une place de choix à la petite voix qui te répète que ça ne sert à rien ? Si tu le fais en étant convaincue que tu n’as pas la légitimité de le faire ? Que tu es, pardonne l’expression mais je l’aime beaucoup, en train de péter plus haut que ton cul ?
Rien de bien, ni de vrai.
Tu ne creuses pas, par peur de ne pas avoir droit le faire. Tu t’y met pas à fond, parce que la petite voix te taxe l’énergie à 50%. Forcément : ton ambition n’est pas satisfaite de cet essai en demi-teinte.
Elle rugit comme ça : Rah. Rah. Rageant.
Si tu as l’ambition de créer de belles choses, ou des choses vraies, ou des choses qui font bouger les lignes, ou simplement des choses qui aident - c’est comme ça, ça fait partie de toi. Mais oh le confort quand tu acceptes ça.
Exit aussi les discours qui te flagellent avec ta volonté de faire quelque chose de grand, d’important ou… oh la la même peut-être… avec succès ? Financier ou pas d’ailleurs. Tu as quelque chose en toi, c’est ok de vouloir en faire quelque chose. Ça s’appelle du désir, c’est tout à fait sain et en bonus, c’est de la motivation en barre.
Croque, plante tes canines, arrache un vrai bout !
Tu vas voir, ça fait du bien quand on a faim.
Réalise-la pour de vrai
Et puis maintenant qu’elle est là, maintenant que tu acceptes ton ambition, il va falloir lui faire un peu de place. De l’espace et de l’énergie pour qu’elle puisse se sentir à l’aise.
Écoute-moi bien, c’est important. Je ne suis pas en train d’essayer de te convaincre que tu dois absolument tout quitter pour suivre tes lubies. C’est la décision que j’ai prise, mais elle n’est pas pour tout le monde. Je te demande juste, de lui dédier assez de temps pour la satisfaire.
Je parle souvent de l’acte créatif comme d’un acte de respect envers soi-même, parce que sans action (ou création dans ce cas précis) - tu vas tourner dans ta tête comme un lion en cage, et ça va pas se finir en roi de la savane.
Donc, deux choses :
avoir du temps à y consacrer : ça veut dire, regarder ta situation de vie actuelle droit dans les yeux et si tu ne peux pas en trouver, te creuser des plages horaires pour la création (ça va probablement te demander de repenser ta productivité sur internet → Comment reprendre le contrôle de ta productivité sur internet (sans supprimer YouTube))
faire ce qu’il faut pour s’élever au niveau de nos standards : perfectionnisme à part, réaliser tes ambitions va probablement te demander d’apprendre plein de nouvelles choses, de tester, de FAIRE, de partager, de recevoir des retours, d’améliorer, d’apprendre encore, de REFAIRE… Il va falloir faire une place à tout ça aussi.
Et important, mais c’est peut-être là que je vais dire quelque chose de polémique : on ne parle ici de hobbies.
Je suis tout à fait d’accord avec Rollo May, quand il explique ce que la créativité c’est pas :
… du ‘passe-temps’, du ‘bricolage’, de la ‘peinture du dimanche’ ou d’autres façons de remplir son temps libre. Nulle part le sens de la créativité n’a été plus tragiquement perdu que dans l’idée qu’elle est quelque chose que l’on fait uniquement le week-end ! (…) Il doit y avoir une qualité d’engagement particulière.
Citation originale : We are thus not dealing with hobbies, do-it-yourself movements, Sunday painting, or other forms of filling up leisure time. Nowhere has the meaning of creativity been more disastrously lost than in the idea that it is something you do only on week ends! (…) There must be a specific quality of engagement.
Si tu es arrivé aussi loin dans cet article, c’est que ton ambition n’est pas une ambition du dimanche. Elle mérite cette ‘qualité d’engagement particulière’.
→ Si c’est difficile pour toi d’envisager cette idée, et/ou pour aller plus loin dans tes réflexions, je te conseille de lire mon article : Pourquoi c’est toujours une bonne idée de vendre ses idées sur internet.
Partie 2 : bien vivre ta productivité créative
J’ai remarqué que dès que je commence à prendre quelque chose au sérieux, je rencontre tout un nouveau tas de problèmes que je n’avais pas avant. C’est d’autant plus vrai quand on se met à FAIRE quelque chose. Il a fallu donc, non seulement que j’apprenne à me mettre au travail créatif, à accepter mon ambition, à me mettre à la satisfaire - ET que j’apprenne à bien vivre cette productivité créative.
J’entends par là que créer n’est pas indolore.
Ce n’est pas pour rien que beaucoup de métaphores liées à la création incluent l’accouchement, la douleur, la confrontation…
Déjà, il faut accepter ces quelques réalités pas neutres :
tu ne créeras pas un chef-d'œuvre tous les jours, ni même tous les ans
tu ne vas aimer la plupart des choses que tu vas créer
ce ne sera jamais comme les créations de quelqu’un d’autre
la plupart des gens ne vont pas aimer ce que tu fais
c’est pas aussi sexy que les montages héroïques dans les films (la plupart du temps, ça va même te demander d’être assis dans les recoins de ton cerveau les plus sombres, face à la méchante voix qui te gronde que tu es nul quoi que tu fasses, pendant des heures)
Voilà ce qui me permet de continuer à créer, malgré tout ça.
Rappelle-toi que créer n’est pas un acte douloureux en soi
‘Marie, t’abuses, tu viens de me dire que créer n’était pas indolore’, c’est vrai. Mais ce n’est pas l’acte de créer qui est douloureux. Mis à part les petits bobos de la vie, et les traumas exceptionnels, taper des lettres sur un clavier, ou mixer des couleurs, ça ne fait pas mal en soi.
Quand je suis tentée de conclure qu’écrire est impossiblement compliqué, je repense souvent à ce que disait Anthony Bourdain, chef et écrivain :
Travailler en cuisine, c’est dur. Écrire, c’est un privilège et un luxe. Quiconque se lamente d’avoir le syndrome de la page blanche devrait être forcé de nettoyer des calamars toute la journée.
Citation originale : Cooking professionally is hard work. Writing is a privilege and a luxury. Anobody who whines about writers block should be forced to clean squid all day.
C’est trop facile de se concentrer sur l’aspect négatif de la création. Sur le moment où rien ne sort, où rien de bien ne vient… Et d’en conclure que créer est forcément un acte difficile. Mais si on se conditionne pour ça, alors on passe à côté de la joie que c’est de voir quelque chose sortir de soi.
Et pour en revenir à ‘écrite n’est pas indolore’. Ce qui est douloureux, c’est de se confronter à ce qui nous conduit à créer : une injustice, une rupture, une insatisfaction…
Autrement dit, ce qui fait mal précède l’acte de création. Autant l’utiliser.
Ne t’oublie pas dans la machine
J’écris beaucoup sur ce sujet en ce moment. Parce que c’est un piège qui m’est familier, et que je le vois chez pas mal de personnes qui viennent me voir en consultation.
La machine de la création ambitieuse est vicieuse.
Si tu ne prêtes pas un minimum d’attention, tu te retrouves vite à créer des choses que tu penses utiles pour d’autres personnes, parce que c’est ce qu’il faut faire pour avoir du ‘succès’, ou c’est ce que ‘les autres veulent’. Et toi, toi, tu t’oublies un peu.
Particulièrement vicieuse si tu as tendance, comme moi, au people pleasing. Et que tu fais tout pour éviter la confrontation.
Mais voilà, si ton ambition créative a un minimum d’endurance, qu’elle veut quelque chose qui ressemble à du succès, la plus grosse CHANCE que tu peux lui donner c’est de faire en sorte de pouvoir tenir sur le long terme. Pas de créer un petit truc et puis s’en va. D’être là l’année prochaine encore, sur tes pieds, pas au bord du burnout créatif.
Et ça, ça passe par te satisfaire toi avant tout.
Je suis persuadée que c’est d’ailleurs la seule vraie motivation saine qui existe. Quand ça nous fait plaisir à l’intérieur. Ce n’est pas juste un caprice ou un truc d’égocentrique. C’est vital.
Du coup :
attention aux injonctions de succès
attention aux modes et tendances
N’oublie pas de produire
C’est peut-être redondant, donc je vais aller vite : être un ambitieux dans ta tête ne te satisfera pas, il faut produire quelque chose.
Pour moi, ça veut dire publier plusieurs fois par semaine pour pouvoir créer un corpus de textes assez volumineux pour être pris au sérieux. Je pense que le volume est juste un peu plus important que la qualité, parce qu’elle permet de faire ressortir des thèmes et des idées à force de répétition.
Je pense aussi que le rythme est une question très personnelle. Le seul principe de fond : c’est qu’il faut sortir quelque chose.
→ Un super article de visakan veerasamy si tu veux creuser le sujet ici : Are you serious ?
Donner de la valeur à l’acte créatif, avant de donner de la valeur aux retours
Le conseil classique de ‘ne pas donner de valeur à la réaction des gens’ ne me parait pas faisable quand tu aimes ce que tu fais comme une façon de partager quelque chose. On crée aussi pour les réactions, sinon, on ne partage pas, non ?
Par contre, oui, tu ne peux pas bien vivre tes ambitions si tu ne vis QUE pour les retours (parce que ça va être difficile au début, qu’il va y en avoir des pas sympa et puis, parce que c’est malsain sur le long terme).
J’ai vécu un mini bad-buzz sur YouTube il y a quelques années. J’avais corrigé la prononciation d’un chanteur kazakh pour en faire une leçon de français. Et… bon, les fan-clubs des chanteurs kazakh, apparemment, c’est très intense. Donc, je me suis pris une série de quelque 300 commentaires injurieux en quelques heures. C’était pas ouf.
Et peut-être qu’on durcit sa carapace à force, mais les commentaires négatifs ne sont jamais sympa à entendre. La seule solution que j’ai à te proposer, c’est de puiser assez de tonnes de bonheur et de joie dans la création pour que les retours ne deviennent que du détail.
Cette approche permet aussi de continuer à créer, même quand personne n’écoute.
À propos du perfectionnisme
Le problème du perfectionnisme, c’est qu’il semble noble. Je notais d’ailleurs dans mon Petit Papier sur le perfectionnisme de l’intention que : “Quand quelqu’un me disait que j’étais perfectionniste, je le prenais comme un compliment. C’est noble, d’être perfectionniste. C’est chic. Ça veut dire qu’on a des exigences, qu’on ne bâcle pas.”
Je crois que c’est pour ça que le perfectionnisme est un problème. Parce qu’au fond, on pense que ça n’en est PAS un, que c’est même important de l’avoir, voir, que c’est la marque des créatifs.
La faute aux montages cinématiques, à la réputation romantique de l’artiste, et surtout, au fait qu’on ne voit que la fin de l’action créative : le produit finit. C’est évident, mais est-ce que dans ta tête, tu SAIS que les artistes font plus de merde que de chef-d'œuvre ? Ou est-ce que ça reste un concept un peu flou et gentillet ?
À chaque fois que je deviens précieuse dans mes idées, que je refuse d’écrire quelque chose de pas terrible ou que je remets à plus tard parce que ‘j’ai pas l’inspiration là maintenant’ - je perds la possibilité de trouver une bonne idée.
Ça se finit systématiquement en dépression sur mon canapé.
Et la sortie est toujours : sors une feuille de papier et écris des trucs pas terribles, fais sortir les mauvaises idées, ne regarde pas à la qualité.
Un exercice génialement simple de James Altucher : fais une liste de 10 idées (et si c’est trop compliqué, fais une liste de 20. Et de 30. Et de 50). Tu vas voir, c’est FOU à quel point c’est difficile si tu essayes de faire une liste de 10 BONNES idées. Le truc, c’est de faire une liste qui contient aussi des mauvaises et des moyennes idées.
L’exercice d’Altucher est censé être un exercice que tu fais tous les jours. Pour faire des listes d’articles, de livres, de personnes que tu admires, de choses que tu veux faire avant de mourir… et muscler ta créativité.
Mais ça marche aussi en exercice ponctuel quand tu es bloqué sur quelque chose :
une liste de 10 façons de commencer un article de blog
une liste de 10 idées que tu veux transmettre (j’ai récemment publié une liste de 100 conseils)
une liste de 10 thèmes à aborder dans tes prochains articles
une liste de 10 ateliers à proposer
Pour en avoir 10, tu vas devoir écrire des mauvaises idées. Ça aide à comprendre et à déloger le perfectionnisme de son piédestal.
→ Autre lecture intéressante ici, pour comprendre comment les créatifs à succès font sortir les mauvaises idées : Les Carnets Secrets d’Agatha Christie de John Curran
Bref, je crois qu’il y a encore BEAUCOUP à dire sur la productivité créative : mais tu as désormais les clés pour bien vivre ta création.
Partie 3 : bien vivre la non-productivité créative
L’acte créatif est un acte en deux parties : il y a le moment de création, l’acte sacré, celui qu’on cherche à réaliser le plus possible. Et puis, il y a l’acte qu’on cherche à éviter à tout prix, le premier acte : celui de la non-productivité.
Ma plus grosse réalisation de ces dernières années, ça a été de comprendre à quel point la non-productivité est en fait essentielle à mon ambition créative.
C’est totalement contre-productif (le mot parfait d’ailleurs). Parce que je viens de te répéter grosso-modo pendant 3000 mots qu’il faut s’y mettre, que c’est important de créer, à quel point tu ne peux pas être satisfait si tu ne crées rien….
Sauf qu’on n’est pas des machines, et qu’il va forcément y avoir des moments off. Et eux aussi, il faut bien les vivre si tu ne veux pas finir en dépression. Donc je vais te parler aussi de comment je vis bien ma non-productivité.
Redéfinie le repos comme essentiel à la créativité
La culpabilité de la sieste, ça te parle ? Et même sans parler de la sieste, la culpabilité de ne pas être en train de travailler sur son projet du moment ? Tu vois de quoi je parle ? Tu ressens l’espèce de sentiment crasseux que ça fait monter en toi ? Et toutes les conclusions rapides sur ta discipline, ton manque de talent, tes défauts que ça fait remonter ?
L’idée qui amorce tout ça, c’est que ‘seul le travail actif compte’.
Et on pourrait explorer les raisons : les diktats du monde corporate, les contrats à heures fixes, l’école, la productivité comme une donnée, mais je ne pense pas que tu sois là pour ça. Ce qui est important ici, c’est que cette idée est un poison particulièrement mortel pour ton ambition créative. Il faut absolument s’en débarrasser.
Le meilleur moyen d’arrêter de culpabiliser, c’est de se faire comprendre que le repos fait aussi partie intégrante de la création. Que ce n’est pas un truc optionnel qu’on peut ne pas faire si on n'a pas envie.
Sans sommeil, tu meurs. Sans une tête qui peut penser, tu ne peux plus réfléchir. Sans système nerveux calme, tu ne peux pas te poser et créer quelque chose de beau.
Tiens, je vais te faire faire un petit exercice : quels sont les endroits où tu as souvent le plus d’idées ? Je te parie que ce n’est pas assis devant ton écran. Je te parie que les meilleures idées arrivent un peu par hasard quand tu es en train de faire quelque chose de relaxant : dans ton lit, dans la douche, en promenade…
Ce n’est pas une coïncidence.
Et par là, je n’entends pas forcément que tu dois te reposer en mode légume sur ton canap’ toutes les aprem et faire une sieste de deux heures tous les jours (quoique, c’était le secret de productivité de Churchill apparemment), mon argument c’est plutôt : fais des trucs qui te relaxent, souvent.
Le philosophe Søren Kierkegaard disait :
Je me suis promené jusqu’à mes meilleures pensées.
Citation originale : I have walked myself into my best thoughts
C’est une question de silence interne, qui te permet d’écouter les idées qui sont déjà là, mais noyées sous le brouhaha du stress quotidien.
→ Rest de Alex Soojung-Kim Pang contient plein de routines créatives de penseurs, faiseurs et artistes. C’est hyper inspirant si tu as tendance à ne pas te laisser te reposer pour de vrai, ou juste… que tu ne sais pas comment faire.
N’oublie pas de vivre ta vie
Autre élément absolument essentiel à la création de quoi que ce soit : la vie. Et par là, je veux dire : tout ce que tu peux faire en dehors de ton travail créatif.
Je ne pense pas que tu puisses vraiment vivre la même vie que Monsieur-Tout-Le-Monde si tu veux assouvir des ambitions créatives vraiment grandes (du genre, devenir Freddie Mercury). MAIS, les chansons de Queen ne sortent pas de nulle part. Si elles sont si bonnes, c’est qu’elles sont pleines de vie.
C’est quand même la vie ‘en dehors de la création’ qui nourrie le système créatif. Sinon, on se retrouve tous à penser à la création, à créer sur la création… (oui, je vois l’ironie, c’est pour ça que j’ai Les Petits Papiers).
Pour moi, vivre ma vie, ça veut dire :
Suivre ma curiosité au-delà de mes ambitions pros
Passer du temps avec mes gens
Créer des trucs que je garde pour moi
Avoir d’autres objectifs qui n’ont rien à voir avec ma créativité
…
Tout ça vient alimenter mes créations.
Comme par exemple, quand je te parle de ma famille et de son rapport au repos → (coming soon)
Prends soin de toi
Ça va de soi, mais bon, c’est toujours une bonne chose de le rappeler à quelqu’un qui aurait la tête dans le guidon et qui se tape dessus parce que le vélo ne roule pas assez vite.
Je ne suis pas trop dans une connexion apaisée avec mon corps, donc je ne suis pas la personne à écouter en priorité sur le sujet mais :
hydratation
confort personnel
alimentation
soin des maux
tout ça, tout ça…
C’est prendre soin de la machine.
J’ai du mal à suivre les créateurs dans cette niche. On tombe vite sur des sujets scientifiquement fragiles. Mais si tu as des contenus sérieux et tranquilles à partager sur le sujet, partage-les dans les commentaires.
Cultives ton goût
J’ai hésité à mettre ça là. Je ne suis pas sûre si c’est un acte de non-productivité, ou de productivité. Mais comme ça ne ressemble pas à de la création, j’ai tranché : ce sera un acte non productif indispensable.
Je vois la créativité comme une respiration.
Qu’est-ce qui se passe si tu ne fais qu’expirer ? Expire, expire, expire…. Au bout d’un moment, si tu ne veux pas mourir étouffé, tu dois aussi inspirer. Et pour inspirer, il te faut de l’air. Cet air, ce sont les créations des autres.
J’adore cette citation d'Alan Rickman, qui est tout à fait à propos :
Oublie la comédie. Tout ce que tu vis s’accumule. Rentre dans les galeries d’art, écoute de la musique, suis l’actualité, ce qui se passe dans le monde, et forme des opinions. Développe ton goût et ton jugement, pour que, lorsqu’un texte de qualité se présente à toi, ton imagination ait de quoi rebondir.
Citation originale : Forget about acting. Whatever you do as an actor is cumulative. Go to art galeries, listen to music, know what’s happening on the news, in the world and form opinion. Develop your taste and judgement so that when a quality piece of writing is put in front of you, your imagination has something to bounce off of.
J’ai du mal à croire qu’un créateur qui ne consomme pas d’autres créations puisse développer des idées, des choses vraiment utiles et belles.
À propos de la procrastination
On va finir là-dessus. Ça mériterait probablement un article entier, parce que c’est un sujet dont tout le monde parle, partout, de la même façon, et auquel on a tout un tas de réponses intelligentes (du style ‘découper les tâches en petites actions’), mais qui est en fait tellement varié qu’il n’existe pas de solution tout-en-un.
Il existe, en fait, DES procrastinations.
Donc, quand je me sens dans une phase de procrastination, au lieu de chercher à me faire faire ce que je procrastine avec des petits trucs et astuces, j’ai pris l’habitude de simplement me demander : pourquoi ça bloque.
Les réponses sont toujours superficielles au début :
j’ai pas envie
c’est nul
je veux faire autre chose
…
Mais si on creuse un peu (en étant assez reposé pour entendre vraiment ce qu’on a en tête), je trouve des réponses beaucoup plus utiles :
j’ai peur que ça ne fonctionne pas
ça met trop de temps
je suis fatiguée de faire des choses que je n’aime pas vraiment faire
j’ai vraiment envie de faire autre chose maintenant
je ne suis pas assez reposée
j’ai honte
c’est chiant
C’est cette deuxième réponse qui permet de trouver une solution à la procrastination. Et comme tu peux le voir, trouver un moyen de faire la chose (si elle doit vraiment être faite) devient beaucoup plus facile.
Si c’est chiant, je trouve un moyen de rendre le truc moins chiant, ou je trouve une carotte pour faire passer la pilule (fais les factures et tu regardes un épisode de Psych, sans culpabilité). Si j’ai peur que ça ne fonctionne pas, je cherche un moyen de faire en sorte que ça fonctionne plus ou je me demande ce qui se passe si je ne fais pas (si je n’envoie pas cet email, je ne gagne rien de toute façon)…
Et puis parfois, quand ma réponse est ‘j’ai envie de faire autre chose là tout de suite’, je me donne raison, et je repousse. Et je n'en suis pas encore morte, donc c’est que ça ne doit pas être si con comme solution.
Ouf. Bah, cocotte, j’avais des trucs à te dire. Ça fait du bien de sortir tout ça de ma tête, même si, je te jure que je me suis retenue. J’espère que ce guide te donne quelques idées à appliquer à ta vie créative, love love et al. Bye !





