Comment trouver sa passion
Si tu veux vivre une vie riche et créative, il va falloir faire de cette mission une priorité.

J'ai passé des années à "chercher ma passion".
À collectionner les engouements temporaires. À me convaincre tour à tour que j'étais passionnée d'histoire, de langues, de marketing... pour finalement me retrouver avec cette sensation bizarre de tourner en rond.
Comme si j'avais loupé quelque chose d'évident.
Et plus je réfléchis à cette quête, plus je réalise qu'on nous a vendu une vision complètement fausse de ce qu’est la passion.
On nous l'a tellement répété que c'est devenu un mantra : "Trouve ta passion et tout ira bien". Comme si quelque part dans le monde, il y avait UNE activité parfaite qui t'attendait sagement, les bras ouverts, prête à résoudre tous tes problèmes existentiels.
Bah non. C’est des conneries en fait. Et, je vais te dire pourquoi cette obsession de la passion parfaite nous rend tous misérables, et comment j'ai arrêté de chercher pour enfin construire quelque chose qui me nourrit vraiment.
Le monde manque cruellement de passion, c'est vrai. Mais le problème, ce n'est pas qu'on ne la trouve pas. C'est qu'on ne comprend pas ce que c'est.
Si tu veux vivre une vie riche et créative, il va falloir faire de cette mission une priorité. Mais il va falloir bien le faire.
Et ça commence par arrêter de chercher.
Partie 1 : Les obstacles de la passion
Le danger du fantasme de la passion
Le problème de la passion, comme le collectif en parle, c’est qu’elle s’entend comme une bonne réponse. Le message devient : il existe UNE passion alter-ego pour chacun, une âme-sœur unique qu’il faut trouver parmi toutes les autres, et qui va résoudre tous tes problèmes.
Comme en amour, ce genre de pensée est toxique.
Déjà parce qu’être passionné ça ne résout rien du tout. Oui, ça donne un peu plus de peps à tes pas, un peu de couleur à ta vie. C’est une noble quête. Mais ce n’est pas parce que tu es passionné que tu vas devenir riche, beau et populaire. La passion ne fais que rendre l’action plus facile, tes objectifs demanderont toujours que tu t’y attèles sérieusement.
Mais le problème de ‘Passion=Bonne Réponse’, c’est surtout que s’il existe UNE passion parfaite pour nous, on peut se tromper. Et si la passion qu’on avait devant nous n’était pas la bonne ? On peut passer sa vie à en chercher une autre. C’est le genre de quête par laquelle on devient des serial-cheaters de nos passions actuelles. Toujours en train de chercher "mieux", toujours insatisfaits de ce qu'on a devant nous. Ou des vaches qui pensent que l’herbe est bien meilleure dans les champs du voisin. Dans les deux cas, c’est pas jojo.
Et enfin, tu ne vois pas un peu la pression que ça te met sur les épaules de croire qu’il existe une passion à déterrer ? Tout le potentiel de procrastination qui se trouve dans cette idée ?
C’est comme ça qu’on en arrive à vivre dans un monde où tout le monde cherche sa passion, et personne n’est satisfait de rien. Même combat pour ‘le sens de la vie’, la raison d’être, ou sa mission d’entrepreneur, d’ailleurs.
Non, la passion n’est pas une bonne réponse qui contient une formule magique. Il faut déjà se sortir ça de la tête.

Les Fausses Passions
Ceci dit, c’est vrai, il existe aussi des fausses passions, qui compliquent un peu tout.
Le monde est bien fait : on peut y vivre sans trop se poser de questions. La société nous propose un modèle pré-défini qui nous permet de répondre à nos besoins :
travaille bien à l’école, et tu auras un bon travail
aie un bon travail, et tu seras bien considéré par la société
soit bien considéré par la société, et tu auras toujours des amis
aie des amis, et tu seras toujours heureux
C’est le modèle classique. Sur lequel notre environnement va aller apposer quelques petits détails idéologiques : des principes, des esthétiques, des valeurs… Pas besoin de trop réfléchir, suis les instructions, et ça va le faire.
Dans ce modèle, on trouve des désirs pré-fabriqués qu’on peut facilement confondre pour de la passion. S’ajoute à ça, une pression sociale qui nous demande de nous conformer à ‘ce que les gens comme toi veulent’… Et on se met à :
faire des photos de voyage… aux trois mêmes endroits que tout le monde
“adorer” la mode, mais suivre exactement les mêmes comptes que ses copines
collectionner des livres qu’on ne lira jamais (mais qui font bien sur les étagères)
se passionner pour le vin, les montres, le vélo… (version kit de démarrage prêt à poster sur Instagram)
apprendre la guitare, parce qu’un ami en joue, et qu’“un jour, promis, je m’y mettrai”
Rien de mal là-dedans. Mais ce n’est pas une passion : c’est un rôle.
Ça n’aide pas que le monde digital des plateformes est organisé autour des bulles d’algorithme qui nous enferment dans des cases bien définies. Et nos ‘passions’ deviennent des cases à cocher dans un catalogue bien organisé. Tout ça fait très plaisir à l’administration.
Et le pire, c’est que ces fausses passions nous laissent avec une drôle de gueule de bois : on se fouette à coups de procrastination de ne pas être assez motivé pour les creuser… tout en se comparant aux passions des autres. Bref : on désire à côté de la plaque.
Des lectures pour creuser le sujet : Wanting de Luke Burgis, et Mensonges Romantiques et Vérité Romanesque de René Girard, si tu veux aller directement aux sources.
Adopter une identité-passion
Si je te parle de ces obstacles aujourd’hui, c’est que j’ai réalisé à quel point cette quête de passion m’a éteinte. Ironique pour une quête qui était censé m’enflammer.
Je me suis persuadée, tour à tour, d’avoir trouvé ma passion dans :
Harry Potter (11 ans à la sortie du premier film, donc bon)
l’histoire (j’ai même suivi une grosse partie de mes études sur cette idée)
les langues (c’était mon premier business en ligne)
le marketing en ligne
…
Et c’est pratique d’être passionné de ces choses-là, parce que ça t’évite d’avoir à te redéfinir tous les quatre matins. C’est confortable : tu sais quoi poster, quoi acheter, quoi dire. Tu sais même avec qui traîner.
Le GROS DANGER de cette approche, c’est qu’on n'enfile pas seulement un uniforme. On enfile souvent l’idéologie qui va avec. Sans vraiment s’en rendre compte. Et cette idéologie se met à remplacer ce qui est vraiment NOUS. Elle ronge notre authenticité pour nous faire prendre la forme qu’elle demande.
Ça transforme des gens autrement brillants, en militants qui ne peuvent plus considérer un argument sans y ajouter tout un tas de raccourcis intellectuels.
En fait, on s’enferme dans une case qu’on appelle passion, qui tue ce qui fait la VRAIE passion.

Redéfinir la passion
La passion a donc besoin d’une redéfinition. Si ce n’est pas un truc qu’on trouve, un truc qu’on adopte, ni un truc qu’on nous transmet - qu’est-ce que ça peut bien être ?
Voici mon argument : la passion est un comportement.
Et il n’y qu’à regarder les gens vraiment passionnés. Ils le sont rarement pour une seule chose. Au contraire, leur passion s’étale et colore toutes leurs interactions avec le monde. Et, ils développent une façon de voir à travers ce qui les passionne, eux.
À l’image de Frida Kahlo, Elon Musk, Steve Jobs, Agatha Christie, ou encore à David Bowie :
Je n’ai jamais vraiment compartimenté les choses. Pour moi, tout est un flux — parfois c’est de la musique, parfois c’est du visuel.
Citation originale : I’ve never really compartmentalized things. For me, everything is just this flow of doing stuff — some of it’s music, and some of it’s visual.
Je pense même que le concept de passion a tout intérêt à se rapprocher de celui de VISION.
Avoir une vision, c’est savoir ce que tu veux faire du monde. Avoir une PASSION, c’est chercher à comprendre les leviers qui peuvent te permettre de la réaliser. La passion est donc un comportement, qui pousse à la curiosité générale avec un twist personnel, une façon de s’intéresser au monde avec un angle particulier.
La vision, c’est d’ailleurs ce qui rends un créateur intéressant.
On ne TROUVE donc pas sa passion, on la CONSTRUIT.
Partie 2 : Comment construire sa passion
Les indices de la passion
La passion n’est pas une chose, mais elle se trouve dans ce qui nous attire déjà. C’est toute l’ironie du syndrome de la bonne réponse : il y a quelque chose de vrai dans toutes les réponses que tu as trouvées, même si individuellement, elles ne constituent pas LA passion.
Je les prends plutôt comme des indices.
Ces indices sont partout :
dans les passions de l’enfance
dans les guilty pleasures (les choses que tu n’oses pas aimer tout haut : comme les romans à l’eau de rose ou les séries américaines)
même dans les fausses passions
Chaque fois que tu as pensé que tu avais trouvé quelque chose dont tu ne te lasserais jamais, il y avait en fait, une étincelle :
dans mon apparente passion Harry Potter : il y avait une étincelle de mon attirance pour les espaces grandioses (Poudlard), l’apprentissage (l’école) et la magie (trouver des choses qui fonctionnent mieux que d’autres)
dans mon apparente passion pour les langues, enfin surtout l’anglais, c’était l’ouverture de mon intérêt pour plus (parler anglais, c’est pouvoir parler avec BEAUCOUP plus de monde que seulement parler français)
dans mon apparente passion pour le marketing, c’est ma soif de liberté financière et intellectuelle
….
Alors si aujourd’hui, tu es tellement perdu dans les dangers des Fausses Passions, si tu es encore vraiment sous la coupe des modèles qu’on t’a donnés et que tu as du mal à faire émerger qui tu es vraiment : commence par te questionner sur ces indices. Qu’est-ce qui ressemble déjà un peu à de la passion chez toi ? Et mets ces indices bouts à bouts pour trouver des fils de curiosité.
Quelques questions pour démarrer ta quête :
Qu'est-ce qui te fait réagir (en bien ou en mal) sans que tu comprennes pourquoi ? Les réactions viscérales - même négatives - révèlent souvent nos vrais ressorts. Si quelque chose te met en colère ou t'enthousiasme instantanément, il y a un indice dedans.
Dans tes "échecs" de passion, qu'est-ce qui t'avait vraiment accroché au début ? Avant que ça devienne une obligation ou une performance, qu'est-ce qui t'avait fait dire "ça, c'est cool" ? L'étincelle initiale est souvent la vraie information.
Quand tu trainais sur internet sans but précis, sur quoi tu tombais en rabbithole ? Pas ce que tu cherchais activement, mais ces trucs sur lesquels tu tombais et où tu passais 2h sans t'en rendre compte. Les algorithmes révèlent parfois nos vraies curiosités.
C’est le but ultime d’ailleurs : activer sa curiosité véritable.
Les actions à prendre pour activer la curiosité naturelle
Tout ça n’est pas un nouveau sujet pour moi (sinon je ne t’en parlerais pas, tu penses bien). J’y pense, et j’expérimente depuis des années. Ce qui me permet aujourd’hui de te proposer une liste d’actions qui font vraiment la différence si toi aussi tu veux trouver cette forme de passion.
Déjà, comprends bien qu’on ne trouve pas ce genre d’énergie enfermé dans sa tête. Même si elle contient des indices, ne tombe pas dans le piège de l’introspection constante. Ça ne donne rien de bon, sinon des boucles mentales bien fermées, et bien stériles.
La clé se trouve dans le mouvement.
Et par là, j’entends, l’action dans toutes ses formes : expérimentations, ateliers, livres, sports, arts plastiques, l’écriture… Tout ce qui va te permettre de rencontrer, apprendre ou de créer quelque chose. Et ici, tout est bon. Sélectionne la première chose et démarre. Dit oui et quelque chose va forcément en découler : d’autres opportunités de mouvement, une clarification de pourquoi ce type-là ne fonctionne pas pour toi…
En parallèle, je vais te recommander aussi le classique : tenir un journal.
MAIS, pas un journal du genre ‘aujourd’hui, j’ai fait, c’était chouette’, non. Un journal de ce que tu penses, centré sur tes émotions par rapport au monde et à ce que se passe autour de toi.
C’est cliché, mais c’est la pratique qui a changé le plus de choses dans ma vie : elle m’a permis de faire des liens émotionnels, de me débarrasser de certaines histoires que je me racontais, et maintenant, ça fait partie de mon hygiène de vie. C’est surtout un endroit absolument génial à relire pour trouver ces indices de passion qui te sont invisibles aujourd’hui parce qu’ils sont juste sous ton nez.
Je te parle de mon process en détail ici
Tout l’intérêt, ça va être de pouvoir identifier et collecter les étincelles, pour tomber amoureux du monde.
Tomber amoureux du monde
Tomber amoureux du monde est une pratique que peu de gens prennent au sérieux. On a même plutôt tendance à tomber dans l’effet inverse : le désamour du monde à coups de phrases du style ‘mais où va le monde !?’.
Je t’encourage fortement à ne pas accepter de devenir quelqu’un qui interagi avec le monde à travers la déconstruction négative. C’est pire que toxique, c’est vampirique, ça ne mène qu’au conflit et à la dépression.
C’est con mais : tu ne peux pas être passionné si tu n’aimes rien.
À la place, je te propose de pratiquer la recherche de choses à apprécier, de rester curieux, d’aimer les choses pour ce qu’elles sont, de qu’elles te rappellent.
Sasha Chapin donne de supers conseils dans How to like everything more :
Développer des micros obsessions : quand il aime quelque chose, il cherche à trouver les sources, les inspirations de cette chose (les inspirations musicales de tes inspirations musicales… ça mène loin ce genre de recherche)
être plus subtil que ‘j’aime’ ou ‘j’aime pas’ : avoir un registre de vocabulaire et d’empathie qui permet de décrire POURQUOI et COMMENT les choses sont faites
choisir d’aimer les choses que tu aimes déjà, mais 10% plus fort (juste comme ça)
…
Attention : tomber amoureux du monde ne veut pas dire devenir un Bisounours béat qui trouve tout génial. Ça veut dire choisir consciemment sur quoi tu mets ton énergie. Tu peux reconnaître que le monde va mal ET décider de porter ton attention sur ce qui fonctionne. Les deux ne sont pas incompatibles.
Mon artiste musicale favorite, Natalie Merchant, en parle bien :
Plutôt que d’écrire autant de chansons ouvertement politiques… peut-être que ce que je ferais, ce serait passer un peu de temps à essayer de chanter la beauté de la vie. (…) Il y a bien trop d’opinions sur ce qu’il y a de terrible dans le monde.
Citation originale : Rather than writing so many overtly political songs ... maybe what I would do is spend some time trying tosing about the beauty in life.(…) There’s too much much reflection upon what’s awful.
Quand tu tombes amoureux du monde, trois choses se passent :
Tu nourris ton système créatif avec des inputs de qualité au lieu de scroller jusqu’au néant
Tu développes ton goût - cette capacité à reconnaître ce qui est bien fait vs ce qui est bâclé
Tu crées un cercle vertueux - plus tu aimes, plus tu vois de choses à aimer
C'est ça, la vraie passion : cette capacité à voir de la beauté et de l'intérêt partout, avec ton angle particulier.
Conclusion : La passion est un tissage
Voici ce que j'ai fini par comprendre après toutes ces années à me planter : la vraie passion n'a rien à voir avec l'intensité spectaculaire qu'on nous vend. Ce n'est pas le coup de foudre, l'illumination, l'obsession qui te réveille la nuit. Ce n'est pas non plus cette énergie débordante qui te fait tout plaquer pour "suivre tes rêves".
La vraie passion, c'est l'inverse.
C'est cette petite attention que tu portes à quelque chose sans même t'en rendre compte. Cette façon dont ton regard s'arrête sur certains détails. Ces micro-pulsions qui te poussent vers certaines idées, certaines créations, certaines façons de voir… qui forme un tout.
C'est un tissage. Une curiosité qui en amène une autre.
C'est pour ça que la quête de LA passion parfaite nous rend tous dingues. On cherche le feu d'artifice quand ce qu'il faut construire, c'est un foyer. Et oui, c'est un travail de profondeur. Pas aussi immédiat qu’on nous le vend. C’est aussi un travail sans fin. C’est ta capacité à revenir encore et encore vers ce qui t'intrigue. À creuser.
Mais c'est exactement pour ça que les raccourcis ne marchent pas. Qu'on ne peut pas "trouver" sa passion en 30 jours avec un test de personnalité. Qu'on ne peut pas la découvrir en méditant sur ses valeurs profondes.
Alors si aujourd'hui, tu es encore en train de chercher ta passion parfaite, si tu te flagelles de ne pas être assez motivé, si tu envies ceux qui ont l'air d'avoir "tout compris"...
Commence à tisser :
Prête attention à ce qui attire déjà ton regard.
Creuse tes micro-curiosités.
Tombe amoureux du monde à ta façon.



