La mort de l’expérience
Et ce jour-là, il va falloir être fort.
Les expériences meurent aussi.
Ce n’est pas apparemment pas un sujet très drôle dont je veux te parler aujourd’hui. Mais c’est une idée importante, et finalement, optimiste. Mais surtout, cruciale dans un monde constamment en mouvement, où tu veux pouvoir continuer à construire des choses intéressantes et utiles.
Il va arriver un jour où ton expérience actuelle va avoir besoin de mourir. Un jour où elle ne pourra plus continuer à te servir.
Et ce jour-là, il va falloir être fort.
Parce qu’aussi bon que tu sois aujourd’hui, techniquement et théoriquement, le contexte va changer. Il est toujours en mouvement. Or, si ton expérience te sert (et sert les autres) aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’elle est bonne en soi. C’est parce qu’elle est bonne dans le contexte actuel.
Ça parait évident.
Mais c’est trop facile d’oublier le rôle des émotions là-dedans. Est-ce que tu ne serais pas tellement attaché à une partie de ton expérience actuelle, qui n’est plus valide ?
Et crois-moi, je comprends.
On en a bavé pour acquérir notre expérience, ça ne s’est pas fait sans efforts, sans doute, sans remise en questions…. Donc forcément, on y est attaché.
C’est le cœur de mon problème avec les discours anti-IA.
On retrouve exactement ce phénomène : des gens qui refusent catégoriquement un nouvel outil, non pas parce qu'il est objectivement mauvais, mais parce qu'il remet en question leur identité professionnelle.
L'IA menace leur façon de faire actuelle. Elle rend certaines de leurs compétences obsolètes. Alors, au lieu d'explorer comment s'adapter, ils se crispent sur leur expertise d'hier.
C'était vrai pour le web, pour le marketing digital, pour les réseaux sociaux. Chaque nouvelle technologie a eu droit à son lot de résistance moralisatrice.
Non pas que l’IA n’ait pas des soucis, notamment éthiques.
Le vrai problème, c'est quand ton identité devient trop dépendante des détails d'un process.
Si ton identité de créateur est construite autour du fait que tu écris tes textes à la main, que tu passes des heures à chercher le mot parfait, que tu souffres pour ton art... alors oui, l'IA va te poser un problème existentiel.
Mais si ton identité est construite autour de ta capacité à avoir des idées intéressantes, à résoudre des problèmes, à aider les gens... alors l'IA devient juste un outil de plus.
La loyauté mal placée nous tue.
On reste loyaux à nos anciennes méthodes, même quand elles ne nous servent plus. On refuse d'abandonner des façons de faire qui nous ont définis, même si le contexte a changé.
L'expérience, c'est précieux. Mais l'expérience figée, c'est un piège.
Alors, comment on fait ?
On accepte que nos compétences actuelles vont mourir. Pas forcément aujourd'hui, peut-être pas demain, mais un jour. On cultive l'adaptabilité plutôt que l'expertise rigide.
On construit son identité sur sa capacité à apprendre, pas sur ce qu'on sait déjà.
C’est pour ça que je pense qu’un système de lecture simple est CRUCIAL pour les créateurs.
P.S. : Et toi, à quoi es-tu attaché qui pourrait avoir besoin de mourir ?

