Le phénomène des Graines d'Apprentissage
Il se passe un truc fascinant avec le langage.
Il se passe un truc fascinant avec le langage.
Régulièrement, on invente un nouveau mot pour désigner quelque chose qui existait déjà. “Sans-abri”. “Sans domicile fixe”. “Personne en situation de rue”. Chaque nouveau terme se veut plus neutre, plus humain.
On se félicite, on est content, mais quelques années plus tard, le nouveau mot a généralement ré-absorbé le même stigmate que celui qu’il était censé remplacer.
Guy, un auteur que j’ai lu cette semaine, appelle ça la fenêtre d’arbitrage1. Le nouveau terme circule brièvement sans les associations négatives du précédent (en fait, le temps que le public comprenne de quoi on parle). Et puis la stigmatisation revient, inexorablement. Il faut trouver un nouveau mot. Et ça recommence.
Ce mécanisme n’existe pas que dans le militantisme. Il est PARTOUT. Et il est particulièrement visible chez les créateurs en ligne.
C’est pareil avec le phénomène de “Graine d’apprentissage” ?
Mais si.
Quelqu’un n’aime pas le mot “formation” (trop commercial, trop froid, trop chargé de connotations qu’il ne veut pas). Alors, il l’appelle autrement. “Programme d’accompagnement”. “Aventure créative”. “Graine d’apprentissage”.
L’idée, c’est d’échapper au stigmate. De ne pas être associé aux formations en ligne qui survendent et sous-livrent.
D’accord. Mais c’est une fuite.
Une fuite qui ne fonctionne même pas à terme. Parce que la fenêtre d’arbitrage ne change rien.
Si les “graines d’apprentissage” sont juste des formations en ligne sous pseudonyme, le terme va absorber exactement la même réputation que les mauvaises formations. Et on devra encore inventer un nouveau terme.
La conclusion que j’ai tirée de cet article : il faut arrêter d’avoir peur, utiliser les mots qui existent avec courage, et confronter le stigmate de front.
Parce que ça nous rend pas notre produit plus noble que de dire “non non, ce n’est pas une formation, c’est une graine d’apprentissage, c’est du tout pareil, tu as des vidéos sur espace que tu peux suivre quand tu veux...”.
Alors que si tu avais osé le mot formation. Oser le prendre pour ce qu’il peut être, oser le redéfinir pour lui redonner des lettres de noblesse… Bah on aurait pas besoin d’essayer d’embrouiller les clients avec du vocabulaire.
Un créateur ne doit pas fuir devant les mots, il doit TRAVAILLER son lexique.
C’est d’ailleurs le cœur du travail du créateur.
Le travail du lexique.
Il y a une citation que j’aime énormément. Elle vient de Visakan Veerasamy, un créateur dont le travail m’a beaucoup influencé.
“Le langage se dégrade avec l’usage. Les gens utilisent les mots n’importe comment, et les mots finissent par perdre leur sens. Ce processus est réversible. Il se renverse grâce à la bonne écriture. Un bon écrivain est une source vive de sens.”
Travailler son lexique, c’est le sujet de la première partie d’Organons.
Parce que l’expression de ta réflexion, c’est avant tout une compétence de langage. Plus tu arrives à t’exprimer précisément, plus ce que tu crées a du poids, et plus les gens comprennent vraiment ce que tu veux dire.
Travailler ton langage, autrement que superficiellement, c’est l’outil le plus important dans ton arsenal.
Dans le premier chapitre d’Organons, tu vas trouver deux process concrets pour prendre le contrôle de ton langage.
Pas des conseils vagues sur “trouver ta voix” :
des exercices précis,
avec des exemples historiques et modernes,
pour aller chercher ton propre vocabulaire
et reprendre ta souveraineté linguistique.
Organons est disponible dès maintenant sur mon site, en format ebook.
Why Kind Words Don’t Last (toute sa série sur le language est hyperintéressante)



