Le Danger de la Suradaptation
Quand on est un créatif sur le web, et qu’on veut en faire quelque chose qui rapporte de l’argent, on existe forcément dans un marché.
Je veux aborder un sujet pas tout rose aujourd’hui. Un sujet qui a le potentiel de me faire passer pour grosse snob, mais bon, c’est important. Alors on va parler d’adaptation.
Quand on est un créatif sur le web, et qu’on veut en faire quelque chose qui rapporte de l’argent, on existe forcément dans un marché.
Et donc, pour gagner des sous, on doit s’adapter au marché.
Sinon, on crée des produits dont personne ne veut.
Ce sont les fameux principes suivants :
répond à un besoin
propose une solution
fais de ton produit une transformation.
Et oui, 100%, si tu suis mes formations qui parlent de création de produit ou vente, tu vas entendre parler de ça, et je vais te montrer comment le faire.
(Comme dans Crée et Vends ton Premier Produit en 30 Jours)
MAIS ATTENTION.
Comme souvent, il y a une subtilité dans ces principes.
Parce que si tu es quelqu’un qui fonctionne à la créativité, qui a besoin d’être un minimum aligné avec ce que tu proposes, si tu n’as pas envie de n’être qu’un rouage de plus dans la machine à soues…
Il y a une limite à l’adaptabilité.
C’est particulièrement important que tu comprennes ça si tu as tendance à dire oui, à vouloir aider au maximum, si tu aimes les gens qui viennent te voir, si le résultat de ce que tu proposes est important pour toi.
Encore plus si tu fais un peu de people pleasing, ou que tu as tendance à faire du masquage ou camouflage neuroatypique.
Qu’est-ce qu’il se passe quand tu dépasses cette limite, et que tu te suradaptes au marché ?
Eh bien, pour le dire franchement, tu n’attires plus que des clients de merde.
Ceux qui ne veulent QUE de la solution miracle.
Qui ne savent quasiment RIEN faire tout seuls.
Et qui vont exiger que tu deviennes la solution intégrale à tous leurs problèmes, sous prétexte que tes services ne sont pas gratuits.
Tu me vois venir, si je te parle de ça, c’est parce que j’ai fait l’erreur.
À force d’être la prestataire qui sait tout faire, et qui fait tout avec le sourire.
À force d’anticiper les contretemps.
À force de vouloir que mon client, peu importe ses compétences, soit 100% à l’aise.
À force d’expliquer les choses les plus basiques par peur que tout le monde ne comprenne pas.
…
J’en étais venue à être celle qu’on appelle en urgence un dimanche après-midi quand on n’arrive pas à se connecter à son compte parce qu’on a oublié le bon mot de passe.
(véridique)
Il y a quelques mois, j’ai failli envoyer tout mon service de prestation valser.
J’avais l’impression d’être devenue une babysitter informatique.
Et comprends-moi bien, ce n’est PAS un problème de pas être doué avec un ordinateur, on a tous des compétences différentes. Le problème, c’est que je n’étais plus en train de servir ma vision.
Et le vrai danger, il est là.
Quand tu te suradaptes, tu descends.
Tu descends d’un cran dans le marché. Puis d’un autre.
Et si tu continues, tu finis par travailler pour les gens qui ne peuvent pas comprendre la valeur de ton travail.
Tu ne parles plus à ceux qui veulent créer quelque chose de solide.
Tu parles à ceux qui veulent des raccourcis.
Tu ne vends plus ton expertise.
Tu vends un doudou à des gens qui refusent d’apprendre.
C’est ça, la bassesse du marché : celle où tu passes ton temps à faire des vidéos tutoriels privées pour expliquer comment envoyer un mail ou comment se connecter sur son compte.
Où tu deviens l’assistance technique de gens qui ne veulent pas comprendre.
Et le pire, c’est que c’est facile de glisser là-dedans, parce que tu crois “aider”.
Tu crois que c’est noble.
Mais tu es juste en train de gaspiller tes compétences sur des personnes qui ont d’abord besoin d’apprendre autre chose avant de pouvoir apprendre de toi.
Plus tu t’adaptes à ce niveau-là, plus tu t’éloignes de ta mission.
Moi, ma mission, c’était de rendre Internet plus humain, de permettre à plus de créateurs de partager leurs idées et de vendre leurs produits.
Mais à force de suradapter mes offres, j’étais en train de faire l’inverse : je créais un web peuplé de clients dépendants, infantilisés, incapables de se débrouiller seuls.
Et ce n’était ni bon pour moi, ni bon pour eux.
C’est le piège : plus tu deviens accessible à tout le monde, moins tu es utile à ceux qui veulent vraiment avancer.
Donc adapte-toi, oui.
Mais ne te suradapte pas.
Au risque d’en finir à devoir expliquer comment fonctionne une souris à des personnes qui veulent ‘juste un site web’.
Si le sujet de la prestation en ligne t’intéresse, j’ai écrit un papier premium complet sur mes règles de prestataire web pour ne pas devenir zinzin. Dans un autre contexte, mon Petit Papier sur vouloir toujours être utile est dans le thème aussi.


